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:: COMMUNIQUÉ ::

UQAR
Hommage à Christian Bielle

Le 22 août 2005, la communauté universitaire a rendu hommage spécial à Christian Bielle, de la bibliothèque de l'UQAR, décédé soudainement fin juillet lors d'un voyage de vacances en France. Voici les allocutions présentées à cette occasion. Sur la photo: Denis Boisvert, Danielle Savard, Rodrigue Bélanger, Marie-Christine Giordano, Marie Pierre Bielle, Paul Chanel Malenfant et Jean Ferron. On trouvera aussi une photo de Christian à la fin.

 

Témoignage de Jean Ferron,

vice-recteur à la formation et à la recherche

Au nom de la direction de l’Université du Québec à Rimouski, permettez-moi d’abord d’exprimer notre profonde sympathie à toute la famille de Christian Bielle ainsi qu’à ses proches et ses compagnes et compagnons de travail. Le recteur, Monsieur Michel Ringuet, étant à l’extérieur aujourd’hui, il me prie de vous transmettre ses condoléances et de bien vouloir excuser son absence.

J’ai bien connu Christian comme utilisateur régulier de la bibliothèque, à titre de professeur. Tout au long de ces nombreuses années, il m’a toujours fourni un support professionnel impeccable et cela avec une amabilité indéfectible. Il savait m’écouter et il prenait toujours le temps de me répondre, tout en prenant à l’occasion des nouvelles concernant l’évolution de mes recherches. Et cette approche, il l’avait avec l’ensemble de la clientèle. Sa porte de bureau était toujours ouverte. Christian avait une très vaste culture et il savait échanger aussi bien avec des spécialistes des diverses disciplines des sciences pures, qu’avec ceux des divers domaines des sciences humaines.

Il était également toujours à l’affût des nouveaux outils de recherches bibliographiques et il prenait grand plaisir à nous en faire part. Il a su passer avec enthousiasme de l’époque du papier à l’ère de l’information numérique.

Tout récemment, à l’occasion d’un problème de santé du directeur de la bibliothèque, j’étais allé rencontrer Christian Bielle et Claude Durocher pour m’assurer du bon fonctionnement de la bibliothèque durant cette absence. J’ai alors été à même de constater leur dévouement à la bibliothèque et la force des liens et la solidarité qu’il y avait entre les membres du personnel de la bibliothèque de l’UQAR. Je comprends donc aisément toute l’ampleur du vide créé par son départ subit.

La direction de l’UQAR te remercie Christian, à titre posthume, pour l’excellence de ton travail de support et de développement auprès des centaines de chercheurs, qu’ils soient professeurs, chargés de cours ou étudiants que tu as si bien supportés tout au long de ta carrière. Nous garderons de toi le souvenir d’un bibliothécaire dédié à son travail et à sa clientèle. Repose en paix dans les Pyrénées de ton enfance, que tu appréciais tellement!

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Allocution de Denis Boisvert,

directeur de la bibliothèque de l’UQAR

Christian était bien plus qu’un simple bibliothécaire de référence.  Il est vrai que la profession de bibliothécaire permet rarement à ceux et à celles qui l’exercent de figurer à une des médias.  Le personnel documentaire est avant tout au service de l’intelligence.  Au cours de ses 32 années de carrière au service de la communauté uqarienne, Christian a largement contribué à bâtir le service de la bibliothèque et à en établir la crédibilité, dans le secret des banques de données, toujours au cœur de l’information et des sources du savoir et des connaissances.

Il connaissait fort bien tous les axes de développement de l’UQAR, les programmes d’enseignement, les sujets de recherche et en plus, il était en mesure par sa culture générale et son érudition, sa maîtrise des outils de bibliothécaire de mettre en relation tous ces objets de connaissance qui nous entourent pour en arriver à offrir aux usagers de la bibliothèque des résultats de recherche fort pertinents à la hauteur de leurs attentes.

Parmi vous cet après-midi, il y a ceux et celles qui connaissiez Christian depuis toujours, très très longtemps, un bon bout de temps ou depuis quelques années seulement.  Je suis de cette dernière catégorie.  Ce que je peux vous dire, c’est qu’il m’a très rarement été donné de côtoyer sur le plan professionnel un bibliothécaire aussi dévoué et engagé que lui.  Il a toujours défendu les intérêts de la bibliothèque  avec passion tout au long de sa carrière :  les espaces, les collections, l’évolution des services et des systèmes de gestion dans une perspective numérique, le partage des ressources dans le cadre du réseau des bibliothèques universitaires, tant à l’échelle canadienne qu’internationale,   l’intégration des nouvelles technologies, les applications logiciels , mais surtout les membres de son équipe de travail qui sont devenus au cours des années  bien plus que de simples collègues de travail mais des amis avec qui il partageait ces petites choses de la vie qui s’inscrivent en dehors du travail mais qui contribuent à l’enrichir.

Je savais que je pouvais toujours compter sur lui pour améliorer la qualité des services afin de  faire progresser la bibliothèque, d’être toujours à l’avant garde.  Quelquefois nous n’étions pas toujours d’accord sur les moyens et les actions à entreprendre pour y arriver.  Cependant nous en venions toujours à un accord en inscrivant nos différents dans cette merveilleuse dynamique de l’argumentation, de la discussion ; en bout de ligne c’est l’intelligence qui l’emportait, le jugement, le bon sens, et en ce domaine Christian était un maître.  J’ai beaucoup appris avec lui.  Au nom de tous ses collègues , y compris Jean -Pierre Côté, directeur du service de la bibliothèque de l’université de Montréal,  qui est présent avec nous par la pensée et qui est retenu à Montréal  car il doit pour l’instant s’occuper de sa mère gravement malade(c’est dans ses bras que Christian, en haute montagne, dans ses Pyrénées d’origine, est décédé), ses confrères et ses consoeurs de travail de la bibliothèque et des autres milieux documentaires, ses amis,  merci pour tout.

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Allocution de Rodrigue Bélanger,

professeur retraité

Marie-Pierre, Marie-Christine, chers amis,

Je veux d’abord présenter mes sympathies à Marie-Pierre et à Marie-Christine dans cette épreuve très difficile qui les afflige.  Je remercie le personnel de la Bibliothèque, en particulier Danielle, pour avoir pris l’initiative d’organiser cette nécessaire cérémonie de la mémoire et de m’y associer personnellement.

On se sent fragile et surtout bien peiné quand on apprend le destin qui a frappé notre ami Christian.  La mort ne semblait pas avoir de raisons apparentes pour s’intéresser à lui mais voilà qu’elle l’attendait sournoisement au détour de cette randonnée en montagne.  Nous savons que la vie et la mort avancent d’un même pas ; cela pourtant ne rend pas plus facile le jour où la mort l’emporte à la ligne d’arrivée.

Je n’étais pas un ami intime de Christian mais je l’appréciais comme on peut tenir en estime le professionnel compétent et dévoué qu’il était dans cette Bibliothèque.  Empressé et attentif à toute demande de service, il menait bon train en besogne, mais sans faire de bruit…

Ce qui nous rapprochait le plus, je pense, c’était une passion un peu surannée de nos jours mais tout à fait indéfectible, celle de partager l’amour et le culte des livres.  Nous avions une prédilection pour les vieux livres et nous en parlions avec le goût de les lire et d’y apprendre.  Nous nous promenions dans la Bibliothèque comme dans un verger, sachant que ce n’est pas parce qu’un arbre est vieux qu’il donne de vieux fruits.

Philosophe, Christian refusait les lieux communs et tenait beaucoup de choses pour futiles.  Ce détachement le gardait dans un esprit de doute tonique qu’il savait éclairer d’un humour subtil et tout autant désarmant.  C’est dans cette atmosphère que nous parlions de tout et de rien, depuis les mérites de tel ouvrage, de nos amis communs à l’Université de Toulouse jusqu’à la différence entre le cassoulet de Castelnaudary et celui de Saint-Girons.  À ce sujet, « ce qui compte, concluait-il, c’est l’élevage du canard, le tour de main et la bonne marmite bien culottée… »  Il ne me manque que l’accent pour le dire comme lui.

Je termine en remerciant Christian pour son dévouement et les services inestimables qu’il a rendus à notre Université pendant tant d’années et en adaptant pour lui le souhait classique d’inhumation dans l’Antiquité : «  Que la généreuse terre de l’Ariège lui soit légère ! » Merci.

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Allocution de Paul Chanel Malenfant,

professeur de lettres

Et si c’était cela la mort, tous les instants enfin réunis.

                                                       (Gabrielle Roy)

Le langage souffre toujours de ses limites ; en particulier quand il s’agit d’appréhender cette «présence de l’absence» (Rina Lasnier) qu’est la mort d’un être qu’on a connu, estimé, aimé. Comme si nous étions alors confrontés au vertige de notre propre et définitif trou de mémoire, à l’irréversible conscience que nous habitons tous un temps fini, perdu d’avance, irrémédiablement voué à l’échec de notre disparition. Mais heureusement, de notre vivant comme on dit, cette mémoire est un organisme vivant. C’est grâce à elle que nous pouvons continuer d’évoquer aujourd’hui, à la faveur du souvenir, la réelle présence  (George Steiner) de ce Christian que nous avons côtoyé au fil des jours, dans la simplicité des gestes quotidiens. À son bureau, le visage éclairé par l’écran de son ordinateur. À la cafétéria, humant, comme distraitement et tout à sa rêverie intérieure, et lentement toujours, le sillage d’une odeur de café. Consultant un livre. Évoquant son village natal, Saint-Lizier, et la vie qu’il rêvait d’y poursuivre. Lentement. Dans la patience d’un labeur tranquille. Dans la sagesse même de la lenteur, cet éloge mélancolique du temps qui passe. Mais «quelque chose noir» (Jacques Roubaud) est venu, un vent sombre a balayé les rêves, a procédé à l’exécution sommaire de la lumière, et, entre toutes les nuits, a abasourdi la nuit.

En guise d’adieu confraternel et amical à l’endroit de Christian, je retiens deux traits, effacés, donnés sous le mode de l’esquisse et de l’estompé, de sa personnalité. La discrétion, cette posture existentielle quintessenciée de l’attention aux autres. Ni éclats de voix, ni gestes brusques, ni coups d’éclats, mais une voix toujours juste, celle dont la tessiture est requise, chez Mozart, pour le récitatif. L’art de tendre l’oreille. Absolu. Et la patience aussi qui consiste à prendre le temps avant que de le perdre, à poser l’invisible geste qui console, à ne pas dire ce qui n’a pas besoin d’être dit. L’art de faire silence, comme le paysan noble dans le soir qui descend, comme l’artisan émerveillé devant l’expression du feu sur le galbe d’un vase.

Le bleu ne fait pas de bruit, écrit bellement Jean-Michel Maulpoix. Je crois que Christian était un être bleu, être du bleu à l’âme et de la nostalgie, une couleur indécidable entre l’outremer et l’horizon pâle des arrière-pays qu’il aimait. Là, il était en quête de l’au-delà des apparences, en marge des musiques et des marches militaires, voué à la veille de la paix, bien à l’abri des grands salons sonores du monde.

C’est dire que la parole, chez Christian, n’avait rien à voir avec l’ordre bruyant du discours. Ainsi, faut-il nous taire, car toute minute de silence est une minute de vérité. Puisse-t-il être laissé seul à lui-même, en cette féconde solitude du silence, en cette esthétique de la contemplation calme, pour la suite du monde et dans le seul bruit, assourdi, des choses vivantes, celles qui perdurent et qui demeurent.

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Texte de Marie Pierre Bielle

Pour mon père

Cette montagne renferme une partie de lui. C’est là que les os ancestraux reposent à jamais. Elle est à l’image de ses racines. Elle est le reflet de ses ambitions. Sa maison et son pays faisaient partie de son univers.

Aucun mot, aucune langue ne suffit afin d’exprimer la douleur qui perce mon cœur, qui jusqu’ici, n’arrête pas de saigner… Mais une voix souffle en moi… Le murmure de mon père, celui qui permet d’aimer sans condition et malgré les différences.

Prêchant la tolérance et la générosité, comme le ferait chaque personne empreinte d’humanisme; il avait un cœur aussi grand que ce que la vue du désert nous inspire, mais un cœur aussi fragile qu’une rose des sables.

Rien ne pouvait égaler cette grandeur d’âme qui comme la montagne surplombe de haut les mers de nuages. Son cœur autrefois aussi solide n’est plus que l’ombre de cette solidité. Mais une voix souffle en nous ce qui est l’essentiel, celui d’un amour simple mais outremer ou encore celui d’un amour entre ciel et terre.

 

 


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