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Première journée du colloque international et interdisciplinaire
Les mots du génocide au Rwanda
Les mots tuent
26 avril 2006
par Marie-Thérèse BRUNELLE
Directrice, Service des communications, UQAR,
notre correspondante en direct de Kigali
Kigali, RWANDA # Le soleil s’est levé ce matin sur Kigali avec un brin d’enthousiasme pour la délégation de l’Université du Québec à Rimouski qui a lancé, pour les prochains jours, le colloque international et interdisciplinaire Les mots du génocide au Rwanda. Ce mercredi matin, plus de 100 personnes d’une vingtaine de nationalités différentes ont procédé à leur inscription afin de participer à l’événement.
Le colloque s’est ouvert avec dynamisme sous les applaudissements chaleureux des congressistes réunis à l’Hôtel Novotel au centre de Kigali, en présence de M. Joseph HABINEZA, ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Culture, qui est aussi responsable des événements entourant la commémoration du génocide. À l’adresse des organisateurs du colloque, le ministre disait: «Comprendre le génocide n’est pas une entreprise facile. Vous avez fait un pas [en venant jusqu’ici pour fréquenter le peuple rwandais]. Que cela serve de leçon aux autres pays. Allez voir les rescapés, c’est eux qui vous diront ce qu’ils ont vécu. Vous serez leurs porte-parole.»
La présidente de la Commission nationale UNESCO pour le Rwanda, Mme Rose GASIBIREGE, a bien accueilli les participants en leur disant: «Votre venue ici ne va pas ramener ce qu’on ne peut plus retrouver, mais elle va montrer aux gens d’ici qu’ils ne sont pas seuls. Et cette solidarité, tous les Rwandais en ont besoin, particulièrement les rescapés.»
M. François-Xavier KGARAMBE, président de IBUKA, un organisme qui représente les rescapés du génocide, s’adressait avec émotion à l’assistance: «Les mots tuent. Ils sont toujours à deux tranchants, puisqu’ils sont vivifiants, ils donnent la vie… mais aussi, ils tuent. [Pour surpasser les conséquences du génocide,] nous devons maintenant réfléchir sur la portée et le sens des mots qui rétablissent. En 1994, la communauté internationale a dit des mots avec beaucoup de sens, mais sans engagement… ce qui revenait à ne rien dire. Combien de personnes sont mortes des conséquences directes du génocide? du SIDA? du cancer et des autres maladies? de la faim? du désespoir? Combien de millions [de dollars] ont été engloutis dans des projets qui ne protègent personne, sauf l’orgueil de ceux qui les développent? […] Les intellectuels doivent s’interroger sur le sort de l’humanité et faire pression sur les gouvernements. Notre souhait: qu’un colloque comme celui-ci ne ressemble pas à une assemblée «pour se faire plaisir», pour que nous puissions nous engager et dire que le mot humanité a un sens.»
Komera!
Le docteur Naasson MUNYANDAMUTSA, directeur adjoint de l’Institut de recherche et de dialogue pour la paix, a pour sa part fait un témoignage touchant: «Quand ça va mal, on crie «Komera» [expression de consolation en kinyarwanda] et on nous entend sur l’autre colline. Au cours du génocide, c’était le silence total. (…) Comment fait-on pour tarir les larmes de quelqu’un qui n’est même pas triste? Je vais m’y mettre à tarir ses larmes ou est-ce que je vais l’aider à restaurer son droit d’être triste? Est-ce qu’on trouve les mots face à l’abominable, à l’indicible? Je me suis mis sur le chemin pour tisser les mots pour dire. Aujourd’hui, des gens sont venus de l’Europe, de l’Afrique et des Amériques. Je vous remercie d’être venus de l’étranger pour nous dire «komera».
Le doyen de la Faculté d’Éducation de l’Université Nationale du Rwanda, M. Jean-Pierre DUSINGIZEMUNGU a pour sa part indiqué que «la rhétorique génocidaire doit laisser la place à une rhétorique de la paix. Au Rwanda, les mots ont tué. Souvenez-vous des éditoriaux de la radio des mille collines… La reconstruction psychosociale exige de trouver de nouveaux mots, des mots pour la vie».
Lors de cette cérémonie d’ouverture, Mme Pauline CÔTÉ, professeure de l’UQAR et organisatrice de l’événement, renchérissait en disant: «Au-delà des buts immédiats, les participants oeuvrant dans des champs disciplinaires, théoriques et pratiques différents puiseront à même les connaissances et les savoirs engendrés à cette occasion pour nourrir leurs lieux respectifs d’enseignement ou d’implication sociale. Ils seront appelés, à travers les diverses activités de diffusion des résultats, à poursuivre le travail théorique et pratique ébauché lors de cette rencontre internationale. Comme le rappelle l’UNESCO, «La paix ne tire pas ses origines des traités. Elle est le fruit des soins particuliers accordés au respect des valeurs, des attitudes et des comportements pacifiques qui insufflent l’énergie vitale nécessaire à la mise en œuvre des principes de la coopération, de la non violence, des droits de la personne, de la diversité culturelle, de la démocratie et de la tolérance.»
Plusieurs autres invités d’honneur ont participé à la cérémonie d’ouverture du colloque, notamment l’Ambassadeur de France au Rwanda, la vice-consul de l’Ambassade du Canada, le recteur de l’Université Libre de Kigali.
Et puisque ni les maux ni l’espoir ne s’expriment que dans les mots, une large place a été faite au cours de la cérémonie d’ouverture à la musique, au chant et à la danse avec la troupe culturelle rwandaise UMUNYANA.
L’œuvre «Métaphore», de l’artiste Sonia FOURNIER, a été présentée à l’assistance. Elle avait été retenue dès les premiers travaux du comité de coordination du Laboratoire d’étude et d’action pour le développement de la recherche en éducation (LÉADRE). L’œuvre de la créatrice expose la démarche entreprise par les visiteurs étrangers pour se coller un instant au drame humain vécu par les Rwandais. Sonia Fournier est aussi professeure au Département des Sciences de l’éducation à l’UQAR et codirectrice du LÉADRE. En fin de journée, lors de la première période d’échanges, Mme Fournier a eu l’occasion de s’adresser aux participants réunis autour de l’axe de réflexion de la psychologie. «Mon tableau met l’accent sur les différents moyens d’expression favorisant l’extériorisation de la souffrance par le biais des intelligences multiples au regard des difficultés vécues chez les enfants rwandais.»
Les participants au colloque ont entrepris leurs travaux en après-midi autour des quatre axes du colloque: la psychologie, l’éducation, la sémiotique et les arts, ainsi que l’historique et le juridique.
Renseignements supplémentaires:
www.uqar.qc.ca/rwanda
www.uqar.qc.ca/uqar-info/index.asp
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MESSAGE À L'ATTENTION DES JOURNALISTES : Pour des entrevues en direct du Rwanda avec les participants, vous pouvez communiquer avec madame Brunelle, par courriel: marie-therese_brunelle@uqar.ca
Vous pouvez aussi contacter Mario Bélanger ou Bruno Santerre, à Rimouski.
Renseignements à Rimouski:
Mario Bélanger ou Bruno Santerre,
Service des communications UQAR
(418) 723-1986 poste 1426 ou 1526
mario_belanger@uqar.ca
bruno_santerre@uqar.ca
